Âge et visages

Récit de rencontres avec des personnes atteintes de maladies de la mémoire.

Age et visages est édité aux éditions de l’Amandier

Note de l’auteur

Les récits qui composent cet ouvrage sont issus de rencontres avec les résidents de la maison de retraite du Moulin Vert à Quincy-sous-Sénart lors d’une résidence soutenue par le Centre National du Livre à La Coupole, Scène Nationale de Sénart en 2001. Histoires, anecdotes, rires, confidences, empoignades, bavardages, silences ont émaillé les paroles des uns et des autres autour de la table. (…)

Extrait

(…)
– Après le travail, on montait au sixième étage chercher les tandems. On descendait. On allait s’entraîner au bois de Vincennes. Et on remontait les tandems pour ne pas qu’on nous les vole. J’adorais quand on partait en vacances. On allait à Nevers. Notre première étape, c’était Melun. De l’autre côté du pont. On s’arrêtait, il y avait un bistrot et une boulangerie. Café, croissants. Et hop! Pour le déjeuner, on arrivait à Nemours. Déjà 86 kms. Puis on repartait pour Montargis. On y dormait. Et le lendemain, on filait vers Nevers. En deux jours, on était là-bas. On a utilisé les tandems aussi pendant l’exode. A 25 kms de Guéret, un fermier qui gardait son troupeau de brebis nous dit : « mes pauvres gens, vous êtes fatigués. Venez. » On a grimpé un vieux chemin rocailleux. La femme nous a donné du potage. Et puis on a couché dans le grenier. Il y avait des fromages posés sur des clayettes. Ils s’égouttaient sur nous. C’était folklorique. Souvent le dimanche, on allait sur les bords de Marne, ou à Montmorency cueillir des cerises, ou aux jonquilles dès les premiers beaux jours. Et à nouveau, on dansait dans les guinguettes : au « Robinson », chez « Gégène », au « Moules et Frites ». On était toute une bande d’amis. On formait un club. Ça s’appelait le club du bois parce qu’il y avait beaucoup d’ébénistes et de menuisiers dans le faubourg Saint Antoine. Mon père était préparateur en pharmacie. Il connaissait tout le monde. (…)