Tel Père

Tel Père est édité chez Lansman

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Son père est là, envahissant, dans sa tête, tellement absent pendant l’enfance, tellement présent depuis le début de la maladie.
En quoi tient-il de lui ? Que transmet-il de lui à ses propres enfants ?
Il s’agit du parcours d’un homme entre la mort du grand-père et celle du père.
40 ans de vie composés à la manière d’un portrait cubiste : scènes cousues ensemble comme autant de miroirs.
40 ans à tenir tête, à s’affranchir, à éviter les concessions, à se confronter : soi-même, le monde, les femmes…
Et aimer.

 

Extrait

(…)
L’Epouse : – Fais-moi un enfant.
Le Fils : – Un enfant…
L’Epouse : – Oui, un enfant.
Le Fils : – Là, tout de suite ?
L’Epouse : – Oui, tout de suite.
Le Fils : – C’est que je… Qu’est-ce que tu dis ?
L’Epouse : – Pourquoi attendre ?
Le Fils : – On se connaît à peine.
L’Epouse : – Et alors ? Moi, ça me suffit.
Le Fils : – 48h, ça te suffit ?
L’Epouse : – Je t’ai vu, j’ai su. A la première seconde. Tu étais là avec tes cheveux dans la bourrasque, ta voix en diagonale, le lacet défait de ta chaussure, un môme et en même temps du solide, du solide quelque part à découvrir, comme une île qui apparaît à marée basse, j’ai su.
Le Fils : – Ah oui euh.
L’Epouse : – Viens.
Le Fils : – Peut-être moi aussi, peut-être je ne sais pas, attends peut-être tellement la surprise. 48h, n’empêche euh pas beaucoup.
L’Epouse : – On ne s’est pas lâché. Depuis 48h, pas lâché d’un centimètre, d’une respiration, d’un regard, pas lâché des lèvres, pas lâché d’un neurone. C’est la preuve.
Le Fils : – Tu as dit toi-même : “de toute façon je n’aurai pas d’enfants”. Tu ne sais pas ce que tu racontes.
L’Epouse : – C’est vrai. Il m’a fallu 48 h. A la première seconde, j’ai su que c’était toi. Dans mon ventre, dans mon coeur. Seulement il m’a fallu 48h pour que ça atteigne la tête, mes doigts, le bout des pieds. Pour que ça m’atteigne toute entière, pour que je sois certaine et me le dise et redise et reredise, pour que ça vibre au diapason avec le monde. Maintenant je n’ai plus de patience. J’ai oublié ce que c’est. Fais-moi un enfant.
Le Fils : – S’il te plaît. Attends. C’est compliqué. Tu me submerges. Je ne peux pas, je ne peux pas si tu me submerges. Ça m’affole. En même temps ne t’arrête pas, j’aime bien que tu me submerges, je reconnais. J’aime que tu m’aimes, j’aime que tu m’aimes trop. C’est compliqué. Je voudrais décider. Je voudrais décider que tu m’aimes trop. Mais là tu me submerges sans que je sois averti. Laisse-moi juste un peu de temps. Juste un peu de temps pour que j’ai l’impression que c’est moi qui décide que tu m’aimes trop.
(…)