La Ville suspendue

La Ville suspendue est une commande du Tanit Théâtre de Lisieux alors dirigé par Eric Louviot.

Résumé

Un couple. Ils ont l’âge de la retraite. Ils travaillent là depuis toujours, attachés à la terre. Ils pensaient vieillir sans histoire avec leur fils et sa descendance. Le destin en a décidé autrement. Bruno Allain nous livre ici, dans une écriture puissante, la métaphore à peine voilée du dilemme qui s’instaure quand il devient dur de vivre au pays. Faut-il partir ? Faut-il rester ? C’est une grande leçon de résistance, de transmission et d’optimisme, car rien n’est véritablement fini quand ce qui nous unit profondément l’un à l’autre, à la vie, au monde, reste intact.

Extrait

ELLE : – Page vierge,
immaculée,
au petit matin, le brouillard,
la prairie en cheveux blancs, les vaches qui fument, le bois à Janu effacé d’un coup de craie,
au petit matin comme ça, que ça attend encore le lever définitif du jour, j’aime.
J’aimais.
Les bruits feutrés – la nature enfile ses pantoufles, tu disais –
même le ronron de l’autoroute devenu machinerie de bateau si loin, estompée
entends pas
seule la vibration par moment, un ressac.
Au petit matin comme ça dans le brouillard, ça sent la pomme
ça sent plus la pomme que quand il y a pas
ça sent total la pomme parce que il y a plus que ça, une purée – tout est atténué, c’est l’heure des fraudeurs – plus que ça, uniquement ça qui ressort de la blancheur filamenteuse :
la pomme, l’humide, la limace.
J’aimais.
Première levée, regard par la fenêtre, faire le café,
au petit matin quand on ne parle pas mais que chacun sait,
avec les mains en rond qui se réchauffent– il y a ton prénom encore sur le bol et la déco « Vichy » carreaux rouges à gauche à droite –
l’odeur du café avec la pomme
jusqu’au jour où.
(…)