Monsieur Néplion

Monsieur Néplion est édité aux éditions de l’Amandier

Tout va bien et pourtant Charles se sent loin de lui-même. Si loin ! Comment revenir ?

Extrait

(…)
Débouchant d’un croisement, un corbillard coupe la route à la voiture de monsieur Néplion et passe sous son nez. Charles ne peut que suivre le véhicule macabre. Le voilà en tête de cortège. Il n’a pourtant rien demandé à personne.

– C’est la guigne aujourd’hui, dit-il.

Dans le rétroviseur, Charles aperçoit ses poursuivants : de grosses automobiles grises aux vitres fumées. Elles tournent une à une au croisement comme on égrène un chapelet. Sept, huit, neuf peut-être. Derrière la vieille voiture rouge de Charles, on dirait un cortège de présidents de la République en route pour une conférence. Mais devant, il y a toujours le corbillard. Pas de doute. Il s’agit bien d’un enterrement.
La rue est étroite. Charles ne peut dépasser. Le corbillard roule à la lenteur de l’escargot. Le croque-mort est un professionnel. Il a une conduite capitonnée. Le mort ne doit pas se cogner aux parois du cercueil. Ce bruit-là risquerait de réveiller les vivants.
Charles est intrigué. Il n’y a pas de fleurs dans le corbillard. Il y a un cercueil, très ouvragé, avec des colonnes aux quatre coins et des torsades sculptées, mais pas de fleurs. Charles se dit que le cercueil est peut-être vide et que les gens du convoi vont enterrer une illusion… ou un passé…

– Et c’est moi le premier dans ce cortège, ajoute Charles tout haut. Qui donc ai-je bien pu tuer et que j’accompagne ainsi au cimetière ?
(…)