Paysages Urbains

Paysages Urbains est une déambulation poétique dans la ville, éditée et téléchargeable sur publie.net.

Extrait

(…)
L’homme porte un pull vaguement vert, informe, détendu, dessinant une légère corolle autour de sa taille. Il entre dans le bistrot de monsieur Long en ricanant. Son poignet s’appuie sur le haut de la cuisse. Une contraction de l’épaule fait que le poignet remonte et remet en place la culotte sous le pantalon. Une contraction devenue un tic. Même inutile, le geste s’accomplit tout seul sans que le propriétaire s’en aperçoive.
– Faut payer son coup, lance Bibiche.
– Il va faire froid, c’est pour ça que, répond celui en casquette Bordeaux.
– Rue de la Glacière, ça, elle porte bien son nom.
– Lui ? Jamais il paye, fait le client de la table près de la vitre.
La tête n’a pas bougé. Le client demeure le nez dans le journal. Il ne lit pas vraiment. Pas avec les yeux. Il lit avec la bouche. C’est un boulimique. Il garde les mâchoires grandes ouvertes et engloutit les mots. Dedans, c’est noir comme un tunnel de métro. On entend même le vacarme de la rame qui s’estompe en gargouillis dans l’estomac.
– C’est pas pour l’argent. Non mais ça chagrine entre les oreilles, marmonne-t-il.
– Ah ah! avance le barbu au bout du bar. On va vous donner un complément de salaire, qu’elle me dit, la secrétaire. C’était le bon temps…
– Moi, je vais vous faire un vin rouge chaud avec la cannelle, décide monsieur Long. La cannelle du Viêt-Nam parce que celle de Madagascar n’a pas de goût. Un vin chaud avec la cannelle et paf! plus de gel.
– Attention! C’est aphrodisiaque, affirme Bibiche.
– Ah ah! fait le barbu au bout du bar. Je suis platonique. Enfin platonique le jour parce que la nuit… Ah ah!
– C’est par période, explique un autre. Pendant un an : rien.
– Moi, j’ai plus de périodes, affirme Bibiche.
(…)