Pierre, photographe, assiste aux horreurs de la guerre dans une ville assiégée. Que se passe-t-il quand, profitant d’un pont aérien, il débarque sans transition dans une fête parisienne ?
Extrait
MARIE
Nous sommes le 15 août. C’est mon anniversaire. Je m’appelle Marie. Oui, pour les filles, mes parents n’ont pas eu beaucoup d’imagination.
Les vacances. Le plein été. La plage, la mer, le soleil, l’insouciance, le regard, l’éveil des sens… Tout le monde est parti. Paris est vide.
Pour fêter mon anniversaire, nous nous retrouvons en petit comité. Ceux qui restent. A peine plus que les doigts de la main. Toujours les mêmes. Enfin presque.
Ça peut paraître triste. Ça ne l’est pas. Chaque année, il en est ainsi. J’y tiens. Je suis l’obstination.
Voici mes invités !
ALICE entre.
MARIE
Alice, le pouvoir.
ALICE
Hervé n’est pas là ?
MARIE
Tu es la première.
ALICE
Où je vais me poser ? Il n’y a rien.
Apparition d’un ensemble table – nappe – victuailles.
ALICE
Le buffet est magnifique. On ne va jamais manger tout ça.
MARIE
Les hommes ont de l’appétit.
La scène s’éclaire.
ALICE
Oh ! Les chandeliers ! La terrasse ! Le réverbère ! Chaque année, tu arranges cet espace avec un tel raffinement ! Et les toits de Paris ! La tour Eiffel ! Hervé me le disait hier encore : « Marie sait recevoir les gens. C’est une grande qualité ». Je suis jalouse. Ja-lou-se… (faisant admirer sa robe) Tu as vu ? Comment tu me trouves ?
MARIE
Superbe. Le côté désuet, fluide. Ça te va bien.
ALICE
Je suis enceinte.
MARIE
Arrête.
ALICE
Je t’assure.
MARIE
S’il te plaît, c’est mon anniversaire. Je n’ai pas envie de rire.
ALICE
Moi non plus. J’ai déjà les seins qui gonflent.
MARIE
Non.
ALICE
Les hommes me regardaient le cul. Maintenant, ils me vont me toucher le ventre. Excuse-moi, je me suis promis de ne plus être vulgaire.
MARIE
Depuis quand ?
ALICE
Hier.
(…)